Au Temps des Flamboyants

Publié le par Datharany

Le Delonix regia, aussi appelé Flamboyant, est un grand arbre qui pousse dans les îles mais aussi en Asie du Sud-Est.

Au Temps des Flamboyants

Au Laos, le flamboyant est appelé "Tone Faang" (arbre Faang), sa fleur "Dork Faang" et son fruit "Mark Faang".
Il en pousse un peu partout dans le pays, notamment dans le Nord qui possède un climat tropical, plus frais et humide, propice à une végétation luxuriante.

En Thaïlande, le flamboyant est joliment appelé "Tone Hang Nok Yung" qui veut dire Arbre "Queue de Paon".

Au Temps des Flamboyants

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Voici un autre de mes lointains souvenirs :

Construite dans un style colonial et située à côté de l'Hôpital militaire de Luang Prabang, tout près du "Vat That" l'une des pagodes les plus sacrées, la maison où j'ai vécu avec ma famille dans les années 50-60 était à l'époque réservée aux militaires haut gradés.

A l'entrée de celle-ci, un très grand et vieux flamboyant nous accueillait majestueusement. Deux autres se trouvaient sur le côté de la maison, tournés vers l'Ecole militaire et l'administration de l'Hôpital, tandis qu'un grand tamarinier et quelques papayers faisaient un peu d'ombrage à l'arrière.

La période de floraison des flamboyants était magnifique et spectaculaire, de couleur rouge écarlate au mois de mai-juin, et à la fin de la période vers juillet, les fleurs fanées recouvraient le sol au pied de l'arbre.

Quelques mois après la floraison, les cuisiniers militaires nous ont fait goûter les gousses encore vertes. Il fallait les frapper contre une grosse pierre ou un mur (clôture) en ciment pour en récupérer les graines à l'intérieur, qu'ils distribuaient deux ou trois graines à chacun, pas plus. Dans mes souvenirs d'enfance, je me rappelle de leur goût légèrement sucré.

Et ce n'est que presque un an après la floraison des flamboyants que les gousses jusqu'alors vertes arrivent, enfin, à maturité et deviennent noires.
Certaines tombaient à cause du vent et lors de grosses pluies. Mais pour d'autres, on pouvait les récupérer à l'aide du "Maï Saao", un bambou long de plusieurs mètres et plusieurs tailles, fendu au bout et où on plaçait un morceau de bois pour en faire une sorte de pince. Un outil naturel d'antan, pratique et utilisé quotidiennement pour récupérer les fruits perchés en haut des arbres, comme les mangues, les longanes, les tamarins, les santols,...

Les graines noires des gousses mûres que certains pays considèrent comme toxiques s'avèrent comestibles en Asie du Sud-Est.
Au Laos, à Luang Prabang et dans certaines régions, seuls les anciens  connaissent la préparation de ces étonnantes graines.
Et selon une légende, on racontait que le "Tone Mark Faang" existait depuis la nuit des temps.

Autrefois, les cuisiniers militaires nous concoctaient toutes sortes de "Nam Vane", dont le "Nam Vane Mark Faang", qui, d'après mes souvenirs, le préparaient ainsi : après avoir ouvert les gousses et récupérer les graines noires, ils les faisaient braiser (ou poêler à sec) avant de retirer l'enveloppe noire des graines. Ensuite, ils les faisaient bouillir puis égoutter et rincer. Après cuisson, les graines éclatent et ressemblent à des petites fleurs à trois pétales (deux blanches et une jaune qui se trouve au centre). Ayant un goût neutre, elles se marient très bien avec le lait de coco et le sirop de canne, accompagné de quelques glaçons broyés à l'ancienne.
A l'époque, on pouvait également en trouver chez les marchands ambulants qui annonçaient leur passage en criant depuis le bout de la rue, c'est alors que tout le monde sortait avec son petit bol.

Quel merveilleux souvenir !

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